Tunisie : les puits non autorisés passent de 205 en 2010 à près de 3 229 en 2024
Le nombre de forages agricoles illicites a été multiplié par plus de quinze en quatorze ans, et les volumes extraits ont dépassé 827 millions de mètres cubes en 2024. Cette surexploitation accélère la baisse des nappes, la salinisation et les conflits entre usagers, alors que le ministère mise sur des compteurs intelligents.

**Tunis —** Le nombre de puits agricoles non autorisés en Tunisie est passé de 205 en 2010 à environ 3 229 en 2024, a indiqué Aïssa Halimi, directeur général des ressources en eau au ministère de l'Agriculture et des Ressources hydrauliques. Sur la même période, les quantités d'eau tirées de ces forages ont plus que quadruplé, pour atteindre 827 millions de mètres cubes en 2024, contre 205 millions en 2010.
Ces données ont été présentées lundi 12 octobre 2026, lors d'une journée d'étude consacrée à une proposition de loi relative à la régularisation des puits agricoles non autorisés. La rencontre était organisée par l'académie parlementaire de l'Assemblée des représentants du peuple.
### Coûts, conflits et dégradation des nappes
Selon M. Halimi, la prolifération de ces ouvrages a des répercussions économiques, sociales et environnementales. Elle se traduit notamment par une hausse du coût du pompage et de l'énergie, par la multiplication des litiges entre exploitants et par une difficulté croissante à contrôler les volumes prélevés comme à en garantir une répartition équitable.
Les effets sur le milieu sont jugés particulièrement graves. Le responsable cite la dégradation des systèmes oasiens, le recul de la biodiversité, l'affaissement du sol dans le sud tunisien et la pollution de l'eau à la tête des puits. La surexploitation fait baisser le niveau des nappes, assèche les anciens puits de surface et favorise l'intrusion d'eau salée dans les nappes douces, surtout dans les zones côtières.
### Un bien public, pas un droit acquis
M. Halimi a rappelé que les eaux souterraines constituent un bien public soumis aux dispositions du code des eaux. Aucun forage ni aucune exploitation ne peut avoir lieu sans autorisation préalable du ministre chargé de l'eau. Cette autorisation ne transfère pas la propriété de la ressource : elle fixe les conditions d'utilisation et peut être refusée lorsque le prélèvement envisagé menace l'équilibre hydrique.
### Sécheresse, serres et lenteur administrative
L'extension des puits illicites s'explique, selon lui, par plusieurs facteurs cumulés : la longueur des procédures d'autorisation, la hausse des besoins d'irrigation liée à l'essor des cultures irriguées et des serres, et l'insuffisance des alternatives en eau. La répétition des années de sécheresse et la baisse des précipitations ont encore accentué la pression sur la ressource.
Des infractions sont régulièrement relevées. Elles portent aussi bien sur l'exploitation — installation de pompes sans autorisation, usage de l'eau à d'autres fins que celles prévues, dépassement des volumes permis — que sur la réalisation des ouvrages : forage sans permis, approfondissement sans accord, modification de l'emplacement, du diamètre ou de la profondeur du puits.
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